Gestion financière
Ne confondez jamais rentabilité et trésorerie
Carillion et Thomas Cook étaient rentables sur le papier. Ce qui les a emportées, c'est le décalage entre ce qui entre en caisse et ce qui en sort.
Wajdi Hassine — expert comptable et commissaire aux comptes, membre de l'OECT
Je persiste et signe : ne confondons pas rentabilité et trésorerie. Ce sont deux notions différentes, et c'est la seconde qui tue les entreprises.
Regardez les cas de Carillion et de Thomas Cook. Des entreprises rentables sur le papier, qui ont succombé à de simples problèmes de trésorerie. Il est acceptable qu'une entreprise disparaisse parce que son produit ne se vend pas ou n'est plus compétitif. Mais mourir d'une mauvaise gestion de trésorerie, alors que l'activité est saine, c'est une mort évitable.
Deux notions que l'on confond en permanence
La rentabilité mesure ce que votre activité produit comme résultat sur une période. La trésorerie mesure ce dont vous disposez réellement en banque à un instant donné. Les deux ne se déduisent pas l'une de l'autre.
Il est possible d'être non rentable tout en générant un flux de trésorerie positif qui finance la croissance. À l'inverse, on peut être parfaitement rentable et présenter un flux de trésorerie négatif, avec d'importants besoins en fonds de roulement. C'est cette seconde situation qui surprend le plus les dirigeants, parce que leur compte de résultat les rassure au moment même où leur banque s'inquiète.
D'où vient concrètement la difficulté
Avoir des difficultés de trésorerie, c'est avoir des encaissements et des décaissements non maîtrisés. L'écart entre le moment où l'argent entre et celui où il sort constitue le besoin en fonds de roulement, et ce besoin réclame un financement adéquat. Il ne disparaît pas parce que l'exercice est bénéficiaire ; il grandit souvent avec l'activité.
Un exemple chiffré
Prenons une entreprise rentable au mois de novembre : 300 KDT de ventes et un bénéfice de 100 KDT. Le mois est excellent.
Sauf qu'elle n'encaisse sur ce mois que 200 KDT, correspondant aux ventes du mois précédent. Dans le même temps, les salaires, la TVA et les fournisseurs représentent 230 KDT à décaisser. Sans trésorerie initiale, l'entreprise termine le mois avec un déficit de 30 KDT.
Le résultat ? Malgré ses bénéfices, elle ne peut pas payer les salaires à la fin du mois. Le compte de résultat dit « bénéfice », le compte bancaire dit « non ». C'est le compte bancaire qui a le dernier mot.
Comment éviter d'en arriver là
Anticipez les décalages. Un plan de trésorerie précis, même sur un simple tableur, qui projette semaine par semaine les encaissements attendus et les décaissements engagés. L'objectif n'est pas la prévision parfaite, il est de voir le trou arriver assez tôt pour agir.
Faites-vous accompagner. Construire ce plan, le tenir à jour et savoir lire ce qu'il annonce demande de la méthode. C'est exactement le type de mission où un expert comptable apporte une valeur immédiate.
Digitalisez le processus. Un suivi automatisé à partir de votre comptabilité et de vos relevés bancaires gagne en fiabilité et en rapidité sur une saisie manuelle refaite chaque mois.
La trésorerie peut être l'ennemi. Avec une gestion rigoureuse et des prévisions sérieuses, elle redevient un outil de pilotage.