Évaluation & transmission
Combien vaut votre entreprise ? Ce que l'évaluation peut, et ne peut pas, vous dire
Il n'existe pas une valeur juste, mais une fourchette argumentée. L'offre et la demande tranchent ensuite.
Wajdi Hassine — expert comptable et commissaire aux comptes, membre de l'OECT
L'évaluation d'entreprise est un exercice que l'on demande souvent trop tard, et dont on attend souvent une réponse trop précise. Voici quelques clés pour s'y retrouver.
Cinq principes avant de commencer
L'évaluation peut intervenir à différents stades de la vie d'une entreprise : création, développement, cession, fusion, transmission. Chaque étape a ses enjeux et ne mobilise pas les mêmes arguments.
Elle donne une idée de la valeur de l'entreprise et sert de point de départ à une opération. C'est un moyen de se situer, pas un prix de vente.
Il existe plusieurs approches et plusieurs techniques. Elles ne convergent pas vers un chiffre unique : il faut raisonner en plusieurs valeurs, chacune éclairant un aspect différent.
Il n'y a pas de valorisation juste. Il y a une fourchette, construite avec méthode, pour étayer une négociation. Au final, l'offre et la demande décident.
Chaque méthode a ses avantages et ses inconvénients. Le choix demande une réflexion sur le pour et le contre, en fonction de l'activité, de sa maturité et de la qualité de l'information disponible.
La méthode des multiples
On compare l'entreprise à des transactions ou à des sociétés cotées comparables, en appliquant des multiples de chiffre d'affaires et surtout d'EBITDA. L'EBITDA mesure la rentabilité de l'exploitation pure, hors éléments financiers et exceptionnels, ce qui permet de comparer des entreprises dont les structures de financement diffèrent.
Tout le travail sérieux se situe dans le retraitement : les multiples doivent porter sur des agrégats récurrents, retraités et normatifs. Une rémunération de dirigeant hors marché, un loyer versé à une société liée ou un produit exceptionnel oublié suffisent à fausser complètement le résultat.
La méthode DCF
Le DCF, ou discounted cash flow, projette les flux futurs de trésorerie générés par l'activité sur une longue période et les actualise à un taux qui intègre le temps et le risque. C'est la méthode la plus rigoureuse conceptuellement, puisqu'elle valorise l'entreprise par ce qu'elle produira réellement.
C'est aussi la plus sensible : le taux d'actualisation retenu et l'hypothèse de croissance à long terme font varier le résultat dans des proportions considérables. Un DCF sans analyse de sensibilité n'a pas grande valeur d'argumentation.
Ce qu'il faut en attendre
Une bonne évaluation ne vous donne pas un chiffre à défendre bec et ongles. Elle vous donne une fourchette, les hypothèses qui la sous-tendent et les arguments pour la tenir en face d'un acheteur qui aura fait le même travail de son côté. C'est un monde complexe, mais passionnant, et c'est le moment où la préparation compte le plus.