Gestion financière
Un investissement non rentable brûle votre trésorerie
Investir sans perspective de profit revient à jeter votre argent par les fenêtres. Trois techniques permettent de le vérifier avant de s'engager.
Wajdi Hassine — expert comptable et commissaire aux comptes, membre de l'OECT
Après la trésorerie, voici le deuxième ennemi financier des entreprises : l'investissement non rentable. Si une entreprise n'a pas envie de brûler son cash, elle ne doit pas investir sans perspective de profit. Cela paraît évident, et pourtant beaucoup de décisions d'investissement se prennent sur une intuition, une opportunité saisie ou une pression concurrentielle, jamais sur un calcul.
Pour survivre et prospérer, une entreprise doit fonder ses décisions d'investissement sur des hypothèses réalistes et des perspectives concrètes. Reste à savoir comment mesurer cette fameuse rentabilité.
Le délai de récupération
Combien de temps faut-il pour récupérer les fonds initialement investis ? C'est le critère le plus intuitif, et un indicateur de liquidité important : plus le délai est long, plus votre trésorerie reste immobilisée et plus le risque d'imprévu augmente.
Sa limite est qu'il ne dit rien de ce qui se passe après la récupération. Un projet qui rembourse vite mais ne produit plus rien ensuite peut paraître meilleur qu'un projet lent et durablement profitable. Le délai de récupération doit donc toujours être accompagné d'une véritable mesure de rentabilité.
La valeur actuelle nette
La VAN vous dit immédiatement si un projet est rentable ou non. Elle calcule ce qui reste de profit après remboursement de l'investissement, une fois les gains futurs actualisés — c'est-à-dire ramenés à leur valeur d'aujourd'hui, puisqu'un dinar encaissé dans cinq ans ne vaut pas un dinar encaissé maintenant.
La lecture est simple : une VAN positive signifie que le projet crée de la valeur au-delà du coût des capitaux engagés. Une VAN négative signifie que vous auriez mieux fait de placer cet argent ailleurs.
Le taux de rendement interne
Le TRI est le taux qui annule la VAN : celui pour lequel l'opération ne génère ni perte ni bénéfice. On le compare au coût des capitaux de l'entreprise. Si le TRI lui est supérieur, le projet mérite d'être étudié ; s'il lui est inférieur, le projet détruit de la valeur.
C'est un indicateur essentiel, à manier avec précaution lorsque les flux changent plusieurs fois de signe au fil du projet.
Les utiliser ensemble
Aucun de ces trois indicateurs ne se suffit à lui-même. Le délai de récupération protège votre trésorerie, la VAN mesure la création de valeur, le TRI permet de comparer des projets de tailles différentes. Croisez-les, et testez-les sur plusieurs scénarios d'hypothèses plutôt que sur un seul jeu d'hypothèses optimiste.
Avant de vous lancer, prenez le temps de mesurer la rentabilité de votre projet. Ce temps-là coûte infiniment moins cher que les pertes qu'il évite.